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samedi 9 décembre 2017

Mon dernier marathon...

Il y a deux ans, je courais ce que je pensais être mon premier et dernier marathon. Avec le temps, on finit par oublier à quel point la course est difficile, et puis il s'avère que juste à côté de chez nous se déroule le marathon international de Californie, qui relie Folsom à Sacramento...

Alors je me suis laissé tenter pour mon second (et bien évidemment dernier) marathon :

La course la plus rapide de l'ouest, légérement en descente, bla bla bla, je me suis dit que j'allais faire un meilleur chrono que la première fois !


Et donc après trois mois de préparation intense avec 4 entrainements par semaine, des sorties de plus de deux heures pratiquement tous les week-ends, je prenais le bus à Folsom pour rejoindre la ligne de départ, à 5h30 du matin durant la nuit du 3 décembre...

Avec plus de 10 000 coureurs sur la ligne de départ, et le risque d'attaque terroriste toujours présent, la police de Folsom a sorti son blindé pour nous :

Voilà le genre de jouet que s'offre une ville de 77 000 habitants autour de chez nous...

J'en ai profité pour admirer la plus grande collection de toilettes portables jamais vue, une pour 30 coureurs, ça s'étend jusqu'à l'infini :

Comptez le nombre de toilettes... Une ligne de 400 selon les organisateurs !

L'avant course est super ennuyeux à gérer. Le départ est à sept heures, on ne peut pas vraiment manger ou boire trop avant le départ, il fait frais (5-6 degrés) donc je marche un peu partout, vais prendre une photo du départ :


Pour le 35ème anniversaire de cette course, il avait été décidé que cette année, elle servirait aussi de championnat des USA de marathon. Du coup, le vainqueur allait être couronné champion des Etats-Unis, ce qui veut dire que tous les meilleurs coureurs du pays sont là !

Le soleil se lève sur mon objectif : 4 heures ! Ce serait 18 minutes de mieux que pour mon premier marathon

Il faut aussi savoir que le plateau est d'autant plus relevé que ce marathon est la dernière opportunité de l'année de se qualifier pour le fameux marathon de Boston. Tous les coureurs ayant échoué avant, ou s'étant blessé durant l'année, sont donc là pour décrocher leur qualification !

A mon âge, il faudrait un chrono de 3h15, donc je n'y songe même pas une seconde !

Peu avant le départ, il fait désormais jour, les 12 000 coureurs sont prêts !


Départ : Après l'hymne national, c'est parti ! On avance lentement jusqu'à la ligne de départ, et la course commence enfin. Je reste au contact de notre meneur d'allure qui porte son panneau "4:00" et prend le rythme assez facilement.

On dit qu'un marathon commence au trentième kilomètre donc j'ai encore le temps avant de souffrir.

Mon matériel de course : Deux bouteilles d'eau bourrées d'électrolytes, et des gels de 100 calories chacun à prendre toutes les 45 minutes


Dixième kilomètre : Je gère mon affaire tranquillement, surveille le chrono tout en prenant une gorgée d'eau toutes les 10 minutes, mon second gel à 45 minutes, et voilà qu'au passage du dixième kilomètre, c'est le drame : J'ai super envie de faire pipi !

Cela ne m'est jamais arrivé sur aucune course avant, et devient vite insupportable, alors je prends un peu d'avance sur mon meneur d'allure, et au ravitaillement suivant, m'arrête aux toilettes... Où 3 coureurs font déjà la queue !

Je vois le panneau des 4 heures me doubler, le chrono continue de tourner, c'est la cata. Au final, je perds une minute trente avec cette affaire, et décide de vite rattraper mon objectif pendant qu'il est facile de le faire.

Je cours donc plus vite sur un kilomètre et demi, et je rejoins mon petit groupe, mais mon rythme cardiaque est à 92% du maximum, ce qui est une mauvaise idée sur un marathon...

Vingt et unième kilomètre : La mi-course approche et tout va pour le mieux, je ne ressens presque aucune fatigue, l'entrainement paie ! Au passage de la mi-course, notre meneur d'allure annonce que nous avons 36 secondes d'avance sur l'objectif des 4 heures, c'est parfait !

Seul soucis, mon rythme cardique reste trop haut à mon goût, 86-88%, ce n'est pas bon.

Ravitaillement du 33ème kilomètre : On est dans le dur !

Trente-troisième kilomètre : Comme prévu, les choses se compliquent après le trentième kilomètre... J'évite le "mur" du marathonien mais mes jambes sont de plus en plus raides et douloureuses. J'ai perdu mon meneur d'allure après un ravitaillement et n'arrive plus à le rattraper : La course psychologique commence.

Adeline, Thomas et Clara sont là pour m'encourager, ça aide sur quelques centaines de mètres, puis je dois marcher pour éviter que le mur ne bloque complètement mes jambes. Je flirte ainsi avec l'ennemi au fil des kilomètres, alors que nous entrons enfin dans Sacramento...

Trente-huitième kilomètre : Ma vitesse est désormais extrêmement lente et mes jambes sont sur le point de rendre l'âme... Les souvenirs de San Francisco reviennent, mais c'est beaucoup plus dur cette fois-ci : Il n'y a plus l'euphorie de la première course (je sais que je peux le faire, vu que je l'ai déjà fait !), juste la douleur, et je sais désormais que mon chrono sera moins bon que la première fois, ce qui donne un coup au moral...

Quelques vagues de déprime essaient de m'arrêter, mais il n'y a même plus d'énergie pour faire couler la moindre larme, alors je continue d'avancer. Le seul moyen d'en finir, c'est de passer la ligne d'arrivée !

Le capitole juste après la ligne d'arrivée : Je ne pense plus qu'à ça !

Quarantième kilomètre : Dernier virage avant d'entamer la ligne droite le long des jardins du capitole. Un brin d'euphorie, je baisse la garde et c'est le drâme : Le mur ! Ma jambe droite se paralyse en un instant, suivie de la gauche, et je suis à l'arrêt complet : Plus de carburant !

Le mur sera arrivé dix kilomètres plus loin qu'à San Francisco, mais me voilà à avancer comme une loque sur quelques mètres, le temps que l'énergie revienne... Mes gourdes sont vides, je n'ai plus de gels, le chrono tourne... 

Mais je sens que ça revient, et je peux marcher normalement, puis reprendre la course. La foule est désormais nombreuse de part et d'autre de la route, des musiciens sont là pour nous encourager, et je retrouve une vitesse de course normale.

Derniers mètres : L'émotion est forte en fin de course, car la douleur est intenable mais l'énergie du public qui nous encourage est plus forte, si bien que j'arrive à accélérer. Je tourne la tête sur la gauche et voit le capitole, je sais que la fin est proche, je voudrais pleurer toutes les larmes de mon corps mais la transpiration a déjà tout vidé. 

Je me contente de terribles grimaces, puis on tourne à gauche et là il y a tellement de bruit que tout semble disparaitre, j'accélère encore, tourne à nouveau sur la Capitol Mall et là...

La Délivrance avec un grand D !

J'exulte sur la ligne d'arrivée, non pas par fierté, par joie ou pour célébrer mon chrono, mais juste parce que c'est fini ! La fin de la souffrance méritait bien une célébration...

C'est fini !

Mon chrono indique 4h27 minutes, ce qui n'est pas si mal au vu du scénario de la course... Je sais que je suis parti trop vite et que j'aurais dû viser 4h10 plutôt que 4 heures, mais c'est comme ça !

En tous cas, c'est décidé, je ne ferai plus jamais de marathon. C'est trop dur, c'est trop long... En attendant, je prend la pose avec la magnifique médaille qui nous est remise :

Quelques secondes plus tard, ça va déjà mieux !

Me voilà parti pour 3-4 jours avec un mal de jambes, mais une semaine après, tout est quasiment rentré dans l'ordre, donc c'est déjà presque oublié.

Cette semaine, en sortant avec les petits, on longeait le champ derrière chez nous, et alors que je montrais à Thomas sa future école, on aperçoit tout au loin, à l'horizon, les gratte-ciel du centre de Sacramento...Le premier truc qui me vient à l'esprit : "Wouah, j'ai couru jusque là-bas ! En partant d'encore plus loin qu'ici, en plus !".

Et c'est seulement à ce moment-là que j'ai senti une forme de fierté m'envahir, et l'émotion des derniers mètres revenir. C'était dur, c'était pas toujours beau, mais punaise, je l'ai fait !

vendredi 7 août 2015

Marathon de San Francisco 2015

En 2014, je postais un article intitulé "Le marathon de San Francisco"  pour décrire notre premier voyage en Californie afin de poser les bases de notre installation. Quelques mois plus tard, avec notre visa en poche, je courais le semi-marathon de San Francisco avec un chrono qui reste mon meilleur sur cette distance à ce jour. Cette année, il était donc temps de courir mon premier vrai marathon complet !

Avec mon frère Fred sur le Golden Gate Bridge. Tout va bien, nous avons encore toutes nos provisions à la ceinture ou presque !

Un marathon commence bien avant le jour de la course. Pour ma part, c'était six mois d'entrainement dont les trois derniers avec 4 séances d'entrainement par semaine (dont quatre séances de plus de 20 kilomètres de long, soit deux heures de sortie minimum...). Ces mois ont été longs et fatigants au point qu'avant même de débuter la course, je disais que ce serait mon premier et dernier marathon. Ai-je changé d'avis depuis ? Nous allons bientôt le savoir...

Récupération des dossards la veille à Fort Mason et pose avec Thomas devant le parcours de la course

Le marathon démarre très tôt (5h30 du matin) et notre objectif de chrono (4h15) nous placait dans la cinquième vague de départs, à 6h du matin. Et oui, on ne lance pas 25 000 coureurs d'un coup comme ça ! La famille nous dépose à 500 mètres de la ligne de départ avant de partir plus loin pour nous encourager tout au long de la course. Nous arrivons dans notre zone de départ peu de temps avant la fermeture des grilles, puis c'est parti !

Une petite grimace sur le Golden Gate... Peut-être parce que le type devant nous semble avoir le bras gauche dysloqué ?

Dix premiers kilomètres : Le marathon étant une course très longue (42,195 kilomètres), il se court plus lentement que ce dont on a l'habitude. Les premiers kilomètres sont donc agréables et faciles, si ce n'est qu'il faut se faufiler dans la foule de coureurs, certains marchant dès le deuxième kilomètre ! Nous passons le plus clair du temps à doubler beaucoup de monde, tous ceux qui étaient visiblement beaucoup trop optimistes et s'étaient inscrits dans une vague de départ finalement trop rapide pour eux.

Dans la montée du Présidio, frais comme des gardons ! 

Dix septième kilomètre : La montée du Présidio, tellement difficile l'an dernier, s'avale facilement. Voir tout le monde autour de nous marcher ou souffrir nous booste le moral (sadiques !) car on se sent d'autant plus en forme. L'entrainement semble avoir payé ! Nous passons devant Adeline, Thomas, mon frère Alex et mes parents pour la seconde fois dans cette montée, d'où la photo ci-dessus.

Vingt-troisième kilomètre : Nous croisons le départ du second semi-marathon dans Golden Gate Park. Les types nous passent comme des fusées ! C'est aussi l'entrée dans la zone inconnue pour nous, la seconde moitié du marathon ! Quelques douleurs musculaires commencent à se faire sentir, mais rien de grâve pour le moment. Je continue à prendre une gorgée d'eau énergisante toutes les 5 minutes et un gel toutes les 45 minutes. C'est 800 calories d'ingérées tout au long de la course !

Passage devant la famille au trentième kilomètre, avec le sourire pour le moment...

Trente et unième kilomètre : Deux cent mètres après avoir passé la famille, et après avoir franchi le cap des trois heures de course, c'est le drame : Je découvre le fameux mur du marathon. Sans prévenir, mes deux jambes lâchent d'un coup, comme une voiture qui n'aurait plus de carburant, et me voilà contraint à l'arrêt, trainant péniblement un pied devant l'autre... Je suis pratiquement paralysé, et si le phénomène n'est pas forcément douloureux, il est vraiment surprenant ! Fred s'éloigne alors que je pense aux douze derniers kilomètres qui s'annoncent longs et difficiles...

Après deux à trois minutes de marche, mes jambes reviennent aussi subitement qu'elles étaient parties, et je peux à nouveau courir ! Un peu de glycogène de généré, et ça repart !

La souffrance a un visage...

Trente sixième kilomètre : Je marche désormais à chaque ravitaillement pour bien m'hydrater (eau + boisson énergétique), ne pensant plus au chrono mais simplement à finir la course. Les gels énergétiques font un grand bien également, et chaque ravitaillement me permet de tenir jusqu'au suivant. Deux petits rappels du "mur" me contraignent à de nouveaux ralentissements, mais sans jamais m'arrêter : C'est dur mais on y croit !

Ce type a fait le marathon en tenue et chaussures militaires avec le drapeau US sur l'épaule. Chapeau !

De 37 à 40 kilomètres : Les douleurs sont désormais présentes en continu et plein de choses bizarres passent dans ma tête. Parfois j'ai les larmes qui montent aux yeux, deux minutes après j'ai le sentiment d'être euphorique... Car aussi dur que l'épreuve soit, après avoir couru 38 kilomètres, un sentiment d'invincibilité commence à poindre, une immense fierté, une énergie qui vient d'on ne sait où... Il ne reste vraiment plus grand chose d'autre que le mental pour aller au bout.

Deux derniers kilomètres : Les plus longs ! A l'entame des deux derniers kilomètres, mes jambes sont comparables à deux réacteurs en feu qui attendent que l'avion s'écrase. Que faire dans une pareille situation ? Accélérer, bien sûr ! Me voilà parti pour les deux kilomètres les plus rapides de toute la course. On nous annonce le dernier mile (1,6 kilomètre) qui semble interminable, alors j'accélère encore un peu...

Je double à nouveau du monde, ignore le dernier ravitaillement et voit enfin la bannière de la ligne d'arrivée, que je franchis les bras en l'air pour la première fois de ma vie ! Marathon, je t'ai vaincu !


Le sourire est de retour avec la médaille. 4h18 minutes, c'est 3 minutes de plus que mon objectif, mais peu importe ! I did it!

Je retrouve Fred, qui n'a pas eu de défaillance physique, aidé par ses 4 ans et 10 kilos de moins pour terminer en 4h09 minutes. Nous rejoignons la famille pour une dernière photo devant le Bay Bridge :


42 kilomètres et toujours debout !

Nous aurons mal au jambes pendant trois jours après la course. C'était dur, mais je m'attendais à tellement souffrir qu'au final, à l'exception du mur, ce n'était pas si différent qu'après un semi-marathon... Le plus beau, c'est que je n'ai jamais songé à abandonner. Même au plus bas physiquement parlant, ma priorité restait de mettre un pied devant l'autre coute que coute pour approcher de la ligne d'arrivée...

Mon sentiment (et mon état physique) à la fin de la course m'ont rappelé ce que disait Rust Cohle à la toute fin de la saison 1 de True Detective, alors qu'il contemplait un ciel étoilé, demandant à Marty si selon lui l'obscurité ou la lumière l'emportait :

"Avant, tout n'était que ténèbres. Si tu veux mon avis, la lumière est en train de gagner"

Dès la fin de la course, je songeais déjà à refaire un marathon, donc j'imagine que oui, malgré la souffrance, la lumière a fini par gagner. J'en choisirai certainement un plus plat que celui de San Francisco pour pouvoir améliorer mon chrono, et cette fois-ci en partant une ou deux vagues plus tôt histoire d'éviter tous ces dépassements qui font perdre de l'énergie.

Peut-être songer à davantage de diététique avant la course pour accumuler davantage de glycogène et éviter le "mur", ou le repousser aussi loin que possible en tous cas...

Dans tous les cas, même si courir un marathon n'est probablement pas pour tout le monde, c'est une expérience à essayer ! Ne serait-ce que pour voir la lumière à la ligne d'arrivée !



lundi 28 juillet 2014

Une course d'endurance

"As long as you've got passion, faith and are willing to work hard, you can do anything you want in this life".
Auteur inconnu
Ce dimanche, j'ai participé au semi-marathon de San Francisco. Adeline et Thomas se sont même levés à 4h du matin pour m'encourager :

5h30, en train de faire le malin devant le batiment du port de San Francisco... Qu'en sera-t-il 21 kms plus tard ?

Participer à cette course d'endurance est quelque part le symbole de ce que nous faisons depuis quelques mois : Un effort long et constant à maintenir sur la durée, avec l'espoir de voir un jour la ligne d'arrivée. Pour la course, c'est chose faite ! Même si les côtes dans les derniers kilomètres m'ont pas mal ralenti... Un peu comme notre recherche de logement, qui devait être facile mais qui ressemble de plus en plus à un marathon en pente, car nous n'avons pas encore d'adresse fixe. Je vous raconterai cette recherche de logement en détails une fois "arrivés". 

Pour le moment, place au week-end sur la baie de San Francisco ! Nous étions sur place dès vendredi et avons décidé sur un coup de tête de profiter de la proximité de l'océan pour aller voir le coucher de soleil à Santa Cruz, une très bonne idée :

Coucher de soleil sur la côte Pacifique à Santa Cruz

Thomas a pu jouer dans le sable, et il a évidemment adoré !

En voilà un qui aime déjà la plage...

Samedi, direction San Francisco pour récupérer le matériel de course (dossard, puce de chronométrage, t-shirt de course...). Le tout avait lieu dans un grand entrepôt où les 25 000 coureurs étaient attendus tout au long de la journée, avec des stands, des animations, des cadeaux :

L'expo du marathon

Nous avons ensuite passé une courte nuit dans un petit hôtel du centre ville. L'occasion de découvrir que le centre de San Francisco (autour de Market Street) comporte la plus grande concentration de gens bizarres (et de SDF) au monde. Je suspecte d'ailleurs qu'une compétition est en cours. J'ai en tous cas identifié un candidat à la victoire : Un type qui lancait un gobelet en plastique 3-4 mètres devant lui, puis allait le récupérer en pulvérisant un spray bizarre tout autour de lui, ramassait le gobelet et recommençait, sans jamais s'arrêter. Très fort !

L'hôtel de ville de San Francisco est assez impressionnant

Le dimanche, lever à 4h15. Départ à 4h50 à pied pour l'embarcadero. Coup de stress à 5h30, le départ du marathon est donné et je ne suis pas encore dans ma zone de départ ! Heureusement, l'appel d'air créé par le départ de cette première vague libère de la place pour la seconde vague, la mienne, qui part à 5h32. Les départs suivants sont échelonnés toutes les 10 minutes pendant 90 minutes... Que de monde !

Une fois parti, je tape dans la main d'Adeline et Thomas 200 mètres après la ligne. S'ensuit une expérience unique où l'on court à côté des gratte-ciels en pleine nuit, dans le silence le plus complet d'une ville où presque tout le monde dort. Seul le petit bruit des pas des milliers de coureurs est audible, ce qui est assez incroyable !

Arrivé au troisième kilomètre, je me retourne pour voir une lueur orange au-dessus du Bay Bridge. Le soleil commence à se lever, c'est beau. Je surveille le chrono, tout va bien. Il fait 17°, tellement bon que je retrousse les manches longues. On passe le Pier 49, Alcatraz apparait sur la droite. Le phare dessine son halo dans la brume matinale. Devant, je vois enfin le Golden Gate Bridge. Immense, majestueux. Il est encore loin (plus de 5 kilomètres) mais je ne peux m'empêcher de le garder en ligne de mire. Et d'apprécier la vue sur cette ville et ce soleil qui se lève. Je suis encore lucide, autant en profiter !

8ème kilomètre, le rythme est bon, nous attaquons la rude montée vers le pont, avant de virer à droite pour nous trouver face au géant d'acier, dans son alignement. Certains s'arrêtent carrément pour immortaliser la scène (et récupérer de la montée). Nous passons le péage routier essouflés (et sans payer) puis attaquons enfin le Golden Gate. L'occasion de vérifier qu'il est loin d'être plat... Le vent frais latéral me pousse à descendre les manches à nouveau. Bon sang, je cours sur le Golden Gate Bridge à 6h du mat !

11ème kilomètre. Nous courons sur deux voies de circulation alors que j'approche des deux tiers du pont. Les coureurs juste devant s'écartent à droite pour se positionner sur une seule voie. Je vois alors deux motos de police arriver face à moi. C'est la tête de course qui entame le trajet retour ! Les types passent à fond la caisse et nous les encourageons, les applaudissons. La première féminine arbore un grand sourire, même pas mal. C'est ça la course à pied ! 
Un des leaders tend même la main pour qu'on tape dedans au passage, ce que je fais. Le type court tellement vite qu'il m'arrache quasiment le bras ! Cent mètres plus loin, mon lacet se défait. Je perds une dizaine de secondes avec cet arrêt forcé.

13ème kilomètre. Après le demi-tour au bout du pont, j'essaie d'apprécier la vue sur la ville, dans la brume et toujours sur fond orangé. Je sais que le plus dur arrive car le retour en ville est synonyme de montées. Au chrono, je suis toujours dans les temps pour réaliser mon objectif d'1h42. Tout va bien !

16ème kilomètre, c'est la montée du Presidio. Dur, dur ! Des coureurs marchent, d'autres s'arrêtent, boitent, craquent... Une fille se précipite derrière un arbre pour se vider (littéralement). Le peloton de coureurs jusque là groupé s'étire pour laisser des écarts de plusieurs dizaines de mètres entre chacun. Je serre les dents et au sommet, profite de mon premier ravitaillement en marche rapide. Ca ne fait pas de mal !

18ème kilomètre. On monte, on descend. Mais on monte surtout ! Je suis surpris du peu de douleurs même si j'ai hâte d'arriver au bout. Pas de crampes, pas de bobo, le souffle est toujours là, les jambes aussi, mais ça avance moins vite... Je vois mon chrono dégringoler au fur et à mesure que j'avance... Heureusement, il y a un peu de public dans les rues désormais et les encouragements font du bien.

20ème kilomètre, annoncé par un petit smiley dessiné au sol.... mais ça grimpe toujours ! Elle est où la descente de l'arrivée ? J'ai pas envie de rire là !

L'arrivée. Je vois la banderole, jette un oeil au chrono : 1 heure 44 minutes 20 secondes. Miracle. Ca descend, je me dis donc que je peux encore battre mon record perso. J'accélère comme je peux, j'entends le speaker annoncer mon nom et je franchis la ligne en stoppant mon chrono... 1h45'08" Deux secondes de mieux que mon temps précédent ! 

Tout le monde nous fécilite, c'est super sympa ! Je trouve Adeline et Thomas du regard, récupère de l'eau, ma médaille, une couverture de survie bien commode pour ne pas avoir froid...

A l'arrivée, avec une jolie médaille et une couverture de survie qui réchauffe bien !

Au début, j'étais un peu déçu vu l'objectif fixé à 1h42. Mais au vu de la course et de mon classement final (309ème sur 7250), je suis super satisfait ! Avoir vaincu le semi-marathon de San Francisco, c'est beau. L'an prochain, ce sera le marathon complet ! Rendez-vous est déjà pris. Quelle belle course en tous cas.

Reste maintenant à trouver une maison. Je pense qu'on vient de franchir le 20ème kilomètre, vivement la descente vers l'arrivée !