vendredi 17 juillet 2026

Un an en France, ça donne quoi ?

 Cela va faire un an que nous sommes revenus en France après avoir passé 11 ans en Californie. Si vous vous demandez comment ça se passe, ce petit article est fait pour vous. J'ai aussi enregistré plusieurs podcasts, dont le dernier ici il y a deux semaines.

Souvenir d'une conférence en Grèce début 2026

Ce qui a rendu un retour possible et envisageable, c'est de ne pas avoir à travailler en France. Et quand je dis "ne pas travailler", je ne veux pas dire "ne rien faire et toucher le chômage", je veux dire "ne pas avoir de CDD ou de CDI dans une boîte française", car c'est le monde du travail en France qui avait motivé notre départ en 2014

Du coup, l'idée était de surfer sur ma réputation à l'international pour continuer mon activité de toute façon majoritairement passive depuis 2023 (comprendre : je n'échange que rarement mon temps contre de l'argent, ce qui offre une grande liberté géographique), et parcourir l'Europe avec tout plein de conférences auxquelles je n'avais jamais participé auparavant. 

J'ai déjà vu Athènes, Varsovie, Berlin, Paris, et bientôt Munich et Vérone vers la fin de l'année. Même approche qu'aux États-Unis, rien n'a changé !

Il aura fallu 20 ans de carrière professionnelle pour enfin faire une conférence en français et en France - c'était à la Sorbonne fin mai 2026

Pour résumer l'aspect business : Tout va bien de ce côté-là. Je n'ai pas besoin d'avoir des clients en France, même si j'en ai quelques-uns : c'est souvent beaucoup de paperasse, de délais et d'annulations pour une fraction des revenus américains... À titre d'exemple, j'ai fait une formation pour des clients californiens qui m'a rapporté 10 fois plus que la même formation pour un client français deux semaines plus tard... Oui, 10 fois plus, et on ne m'a pas demandé de numéro de SIREN, TVA, NDA, Qualiopi, ou je ne sais quel autre acronyme dont la France raffole.

Le vrai bémol, en France, c'est encore et toujours l'administratif. Il a fallu six mois pour obtenir une carte vitale. Ce NDA (numéro de déclaration d'activité) pour les formateurs, on me l'a refusé deux fois pour des broutilles : on te demande d'envoyer ta carte d'identité recto-verso sur le web, mais un seul fichier est joignable, donc je n'envoie que le recto, paf, dossier refusé, après deux mois de délai, une lettre recommandée avec accusé de réception, et un délai d'au moins deux semaines avant de pouvoir réessayer. 

Le Mont Saint Michel, une de nos petites excursions hors Bretagne de 2026

Bref, ça n'a pas changé, en France, on veut toujours empêcher les gens de travailler et favoriser les grosses boîtes qui, elles, peuvent avoir des tas de gens payés pour jouer à ce genre de petits jeux avec l'administration. 

Mais bon, on n'a pas besoin de revenus d'origine française, alors on prend ceux de l'étranger, qui :

1) Sont plus élevés

2) N'ont pas de paperasse 

3) N'ont pas de TVA !

La pointe du Raz

Notre vraie crainte avant de revenir en France, c'était l'adaptation des enfants, surtout pour le français, qu'ils n'avaient jamais lu ni écrit dans un contexte scolaire. Si le premier trimestre a été le plus difficile, tout a bien changé depuis. Ce dernier trimestre, Thomas a terminé premier de sa classe en anglais (of course) mais aussi… en français ! Bon, la barre est moins haute que celle de notre temps, mais faire mieux que tous ceux qui sont à l'école en France depuis le début, c'est quand même spectaculaire, surtout pour terminer deuxième de la classe en moyenne générale, à 0,18 point du premier.

Clara a aussi reçu beaucoup de compliments pour sa progression spectaculaire, surtout en dictée, où, selon son enseignante, elle serait l'une des meilleures de sa classe !

Ces deux-là ne veulent pas retourner aux États-Unis !

Et puis il y a le sport, où les deux se débrouillaient bien aux US, et nous avions donc de bons espoirs que cela se passe bien aussi en France, et ça a été globalement le cas, même si c'était plus difficile que l'école.

Beaucoup de temps en tant que remplaçants pour les deux enfants, qui ont malgré tout su profiter de leur temps d'expression, avec des buts pour Thomas et des victoires pour Clara !

Deux secondes avant le 28ème but de la saison... Thomas finira finalement à 30, son record, mais c'est aussi la première fois qu'il joue tout le temps attaquant, ce qui aide...

En twirling, Clara a décroché plusieurs championnats du Morbihan et de Bretagne en duo et en équipe, mais surtout la consécration de terminer la saison par un titre de championne de France FSCF en équipe F12 Excellence à Bourg-en-Bresse début juillet ! Son club a même terminé meilleur club de France lors de ces championnats : Nous avons donc bien choisi.

Sur la plus haute marche du podium devant près de 4000 personnes (salle comble), c'est quelque chose !

Pour le sport aussi, le rythme est différent : il faut passer les échelons, étape par étape, au fil des saisons, et, bien évidemment, l'expérience acquise à l'étranger n'est pas reconnue. Mais bon, globalement, on ne peut pas se plaindre : gagner un titre national dès la première saison, c'est exceptionnel !

Pour des fans de sport comme nous, la France, c'est un pays idéal. Thomas et moi étions abonnés au FC Lorient toute la saison, nous avons donc vu le PSG, l'OM, le RC Lens, et tous les grands du foot français venir perdre ou faire match nul à Lorient, pour la saison du centenaire du club, ce qui était extra.

Après avoir passé des années à voir le Tulsa FC, Phoenix Rising ou les Tampa Bay Rowdies en deuxième division américaine à Sacramento, c'est quand même autre chose :

Marseille et son champion du monde Benjamin Pavard ont perdu 2-0 à Lorient, et on y était !

À la base, on pensait venir faire une année d'essai en France, et cette année est arrivée à son terme. Nous sommes donc partis pour au moins une année supplémentaire, même si on ne se voit pas bouger pendant quelque temps, au moins jusqu'à ce que les enfants aillent à l'université, mais... Il ne faut jamais dire jamais !

Pour le moment, tout va bien. C'est sûr, en Bretagne, on ne voit pas de fusées aller dans l'espace ou de Cybertrucks sur les routes, mais la vie est plutôt cool et agréable, et après 11 années d'aventures intenses, une petite pause ne fait pas de mal.



vendredi 3 avril 2026

Une bataille après l'autre

Début 2024, nous avions vu qu'un film allait se tourner à Sacramento et que Leonardo Di Caprio et Sean Penn faisaient partie du casting. À l'époque, le nom de code du film était "The BC project". Tout restait aussi secret que possible, sauf que la presse avait été obligée d'en parler pour ne pas alerter la population, en raison de la "fermeture de plusieurs rues, de l'utilisation d'explosifs et de la présence de fumée et de nombreuses voitures de police !"


Ca tourne ! 

Évidemment, nous nous étions renseignés et nous avons assisté au tournage d'une scène. Deux ans plus tard, en 2026, "Une bataille après l'autre" (One battle after another, une bonne traduction pour une fois !) remporte six Oscars, et on peut dire qu'on y était ! Le film est dispo sur Canal + en France.

En plus, la scène est un des moments clés du film, et on est presque visibles, en tout cas on sait où on était :

La scène du film, et l'endroit où on était ! On ne pouvait pas approcher davantage car toutes les voitures et toutes les personnes visibles (piétons au loin) sont des figurants.

On a même vu le personnel d'Hollywood batailler avec les sans-abri pour qu'ils quittent leurs tentes pendant le tournage de la course-poursuite, et les tentes sont bien visibles dans le film (oui, aux USA, les gens campent dans les centres-villes depuis quelques années !)

Ce qu'on a vu - le monospace accidenté et la tente tout à droite... 


Et dans le film, juste avant l'accident du monospace : 


Après le tournage, on a pu approcher de la scène du crash :

Et oui, Hollywood ne fait pas toujours semblant ! Des fois, il faut casser des choses

Et dans le film, juste après le crash... En fait, la fumée du moteur vient d'un système qu'ils allumaient et éteignaient entre les prises. Ça, c'était donc faux :



Vous pouvez voir la scène complète ici (2 minutes), avec plusieurs autres endroits de Sacramento clairement reconnaissables, comme le Tower Bridge et la gare. Pendant le tournage, c'était bien plus calme, pas de sirènes, juste l'hélicoptère. Tous les sons sont ajoutés au montage.




Ce qui est amusant, c'est que depuis des années, lorsqu'on regarde des films, Adeline et moi, on s'amuse  à essayer de reconnaître les lieux : État, ville, etc. Et là, le film faisait un véritable tour de Californie, donc c'était assez particulier pour nous. Surtout des scènes anodines comme l'image ci-dessous, on a littéralement dit "mais c'est à côté de chez nous !" 

Je viens même de montrer l'image du film à Thomas, qui en une seconde a dit "c'est Folsom !" Pas forcément évident sur Google Maps, mais on peut vous le garantir !


Vue de Folsom depuis les nouveaux lotissements de Folsom Ranch / El Dorado Hills

Et puis il y a les scènes dans le désert vers Anza Borrego... Celle-ci, c'est un des tout premiers slots canyons visités en famille, Clara portait encore des couches quand on y est allé :


Et nous dans le slot canyon du secteur, en 2018 :



Tout cela pourrait amener un brin de nostalgie... Mais cela nous rappelle surtout à quel point nous avons vécu des choses incroyables, à des milliers de kilomètres de ce que l'on peut vivre en France (au sens propre comme au sens figuré).

Rien qu'en cherchant les photos du tournage pour cet article, j'ai réalisé que durant ce seul mois de février 2024, on avait :

  • Emmené les kids à Great Wolf Lodge, un hôtel parc aquatique d'attractions
  • Vu et conduit un Cybertruck à une conférence dans la Silicon Valley
  • Disputé une première finale de coupe de Californie de soccer (Thomas)
  • Assisté à un match de NBA (Kings contre Detroit Pistons)
  • Assisté à un entraînement des joueurs pros de Sacramento Republic FC
  • Et donc assisté au tournage hollywoodien d'un film qui a gagné six Oscars...
Et on n'avait parlé de rien de tout ça sur le blog, parce que c'était un mois comme un autre dans notre vie aux USA… Business as usual. Incroyable !


lundi 29 septembre 2025

Revenir en France, 11 ans après

Ce ne sont plus des nouvelles du "Far West", mais des nouvelles du "Phare Ouest" (merci Breizh Cola pour l'idée) que je vais désormais poster ici de temps à autre.

Nous sommes en Bretagne depuis mi-Juillet, et avons retrouvé un peu de stabilité depuis l'arrivée de notre déménagement début août, après deux mois d'hôtels, AirBnb, ou à dormir dans les avions...

L'arrivée du conteneur à la maison, 63 jours après avoir vidé notre ancienne maison californienne

Presque tout a changé pour nous depuis le mois de juin, et pour le moment toute la famille est super contente de la transition. Les enfants adorent l'école en France (oui, vous avez bien lu !), la cantine le midi ("on a du pain et du fromage tous les jours !"), et l'intégration dans leurs nouveaux clubs sportifs se passe très bien. C'est dur, la marche est haute, mais ils aiment !

Deux secondes après cette photo, Thomas va décocher un tir de loin et marquer son premier but en France, et contre un club pro, le FC Lorient, s'il vous plaît ! 

L'emménagement n'a pas été simple, surtout avec plusieurs batailles à mener en parallèle :

  • Ranger nos affaires et acheter de nouveaux meubles pour remplacer la casse des déménageurs
  • Faire de petits travaux dans la maison (peinture, papier peint)
  • Continuer avec mon activité professionnelle comme si de rien n'était (une erreur - j'aurais dû couper pendant au moins 15 jours) 
  • Faire l'administratif en France (nos cartes d'identité, cartes vitales, etc. Tout était expiré)
  • Créer une nouvelle entreprise en France pour des raisons principalement fiscales
Et la liste est sans doute bien plus longue, mais les premières semaines n'ont pas été drôles. On pensait enfin en finir avec le temporaire en récupérant nos affaires début août, mais non, deux mois plus tard, nous sommes toujours dans les travaux et le temporaire : Toujours pas de carte vitale, toujours des travaux à faire, toujours du rangement restant...

Heureusement qu'on a une belle petite maison dans un cadre vert à la campagne... Avec des œufs frais tous les matins, car nous avons deux poules !

Du coup, je dis souvent que c'est fini, je ne ferai plus jamais de déménagement international, c'était le dernier. Mais c'était déjà le cas il y a 11 ans, donc...

Dans tous les cas, tout va bien. On s'habitue à un rythme de vie différent, où on apprend le vendredi où sera le sport du samedi, où les usines de meubles ferment en août et donc pas d'autre choix que d'acheter à l'étranger si on veut se remeubler avant octobre. La réunion de rentrée ? Oh, ce sera durant la seconde semaine, pas le jour avant la rentrée ou le premier soir. Quelles fournitures amener ? On n'en a pas besoin la première semaine, apprend-on deux jours après la reprise !

Quand on a été habitués à tout planifier à l'avance, toujours anticiper, compter sur l'accès à tout, tout le temps, ça change un peu. Mais on s'y habitue vite, et ce n'est pas si mal que ça. La vie en France, c'est clairement cool-cool par rapport à la vie aux US, et c'est quelque chose dont on ne se souvenait pas.

Je ne comprenais pas pourquoi les Américains disaient toujours que la vie aux US était "à toute vitesse tout le temps", et quand ils viennent en Europe ils envient le style de vie différent et le fait que tout bouge moins vite. Maintenant, je comprends ce qu'ils veulent dire !

On vous présente Caramel et Blondie, nos deux poules qui nous font rire tous les jours !

Notre seul bémol pour le moment, c'est de ne pas avoir pu encore explorer grand-chose en Bretagne, avec toutes ces contraintes à gérer post-installation. Mais ça fait du bien de pouvoir faire des soirées foot sur Canal +, de ne pas avoir la boîte aux lettres remplie de pub tous les jours, de ne pas devoir payer partout et tout le temps sans raison, de pouvoir ouvrir les fenêtres l'été pendant presque toute la journée sans avoir à craindre le soleil ou la qualité de l'air à cause des incendies...

Saint Cado en Bretagne

Le climat breton n'est jamais ennuyeux. car la météo est très dynamique, ce qui veut dire qu'on a du soleil tous les jours, mais qu'on passe aussi parfois par les 4 saisons dans la même journée. L'avantage, c'est que le mauvais temps ne dure jamais longtemps, la mer pousse les nuages avant d'en amener d'autres... Les panneaux solaires produisent bien, et j'ai pu recréer un système solaire + batteries, le résultat est satisfaisant !

C'est la rentrée !

Notre crainte, c'était l'école, car écrire le français ça ne s'improvise pas, et c'est pourtant ce que Clara et Thomas ont dû faire, et continuent à faire, même si les progrès en à peine un mois sont assez spectaculaires, et les premières notes sont plutôt bonnes, voire excellentes pour Thomas !

Quelques petits loupés ou problèmes qu'on n'avait pas vu venir : 
  • Le jour où l'entraineur de foot demande à Thomas de faire 10 pompes, il ne bouge pas. Moment de confusion, l'entraîneur mime des pompes, Thomas : "ah, des push-ups, OK!". C'est vrai que ça ne fait pas trop partie du vocabulaire de tous les jours à la maison, donc il ne savait pas.
  • Clara qui revient avec son agenda scolaire vide : "Tu n'as pas de devoirs ? Si, mais je sais lire en attaché, alors je peux pas écrire les devoirs !". Du coup, la maîtresse imprime les devoirs pour Clara, quand elle y pense...
On peut aller marcher (ou courir) dans les bois depuis la maison, ce qui est génial

Le chemin suit son cours, et c'est certain que c'est assez unique et appréciable de vivre en France avec des revenus californiens... Financièrement, c'est une superbe opération à ce jour. Dans la vie de tous les jours, c'est plutôt bien aussi. Les kids ne veulent plus jamais retourner aux États-Unis, mais ils ont le temps de changer d'avis !

Pour ma part, j'y retourne aujourd'hui même pour une conférence à New York City cette semaine. J'aurai une autre conférence en Pologne en novembre, une première. Cette fois, ce ne sera plus "A nous la Californie",  mais "A nous l'Europe" !