jeudi 23 février 2017

Depuis l'autre bout du monde...

Me voilà depuis presque deux semaines tout seul à l'autre bout du monde... Jugez plutôt, 16 000 kilomètres de la Californie, 6000 du pôle sud qui est pourtant "juste à côté" :

Le plus proche dans tout ça... C'est donc Rio à 6000 kms !

Où suis-je donc ? A la pointe sud-ouest de l'Afrique, au pied de l'une des 7 nouvelles merveilles naturelles du monde, à Cape Town, en Afrique du Sud (que les francophones appellent Le Cap - il faudra m'expliquer pourquoi traduire certains noms de ville et pas d'autres, genre Johannesburg  serait Le bourg de Jean !)

L'imposante Table Mountain domine la ville et le port

Cape Town est une magnifique ville, incroyablement moderne et high-tech. On a l'impression que tout y est flambant neuf par rapport à nos villes Européennes ou Américaines !

Couleurs d'Afrique

C'est l'été dans l'hémisphere sud donc la température dépasse les 30 degrés tous les jours, mais on ne transpire pas, même sans clim, car Cape Town est réputée pour son vent qui apporte une fraicheur extrêmement agréable. Prenez San Francisco, ajoutez 5 à 10 degrés en moyenne et vous avez le climat de Cape Town, le brouillard en moins.

Vue depuis le téléphérique pendant l'ascension de Table Mountain

Avec le ciel bleu, l'océan et les montagnes en bord de mer, on a beau être loin de la Californie... Ca y ressemble très fortement !

Hout Bay et ses eaux turquoises

Davantage de photos très bientôt... Avant cela, il faut compter 11 heures de vol jusqu`à Istanbul, que je compte bien visiter en 4-5 heures avant 11 nouvelles heures de vol vers San Francisco... Un week-end bien rempli !


lundi 20 février 2017

Wandering in Detroit

En janvier, j'avais publié un premier article sur mes péripéties à Detroit. Maintenant que toutes mes photos sont développées, je peux revenir sur le sujet qui me fascine littéralement depuis cette visite. Tout d'abord voilà à quoi ressemblait ma première tâche chaque matin :

Déneiger / dégivrer la voiture de location fut mon petit fun matinal

Ensuite je travaillais jusqu`à 17 heures, heure à laquelle je pouvais enfin aller explorer la ville, sachant que le nuit tombait rapidement. Un soir, j'avais préparé un itinéraire basé sur des photos et articles de l'excellent site Detroiturbex.com.

Vous savez que j'adore les villes fantômes du Far West, et que j'ai aussi visité quelques dizaines de grandes villes Américaines dans plus de 30 états différents, donc ce qui m'attirait à Detroit c'était ce qui rend la ville unique et fondamentalement différente de tout ce que j'avais vu jusqu'alors, à savoir son côté "ville fantôme des temps modernes".

Dans le quartier de Grixdale, on alterne entre maisons abandonnées, blocs rasés et... habitants qui sont toujours là.

Je dois tout de suite vous dire qu'en quelques minutes à peine, l'excitation de l'exploration a laissé place à un sentiment bizarre. J'avais du mal à prendre des photos car je croisais sans cesse des gens en voiture ou à pied. J'avais l'impression d'être devenu un espèce de paparazzi au milieu de quartiers extrêment pauvres, ce qui n'est pas le cas dans une ville fantôme "classique" puisque personne n'y habite.

Je décide donc de passer à un autre quartier, Highland Park. On y trouve de superbes bâtiments anciens et complètement vides au milieu de champs de neige appelés prairie urbaine : De vastes étendues où les immeubles démolis laissent progressivement la nature reprendre ses droits, comme le montre la photo ci-dessous :

Un bien joli bâtiment qui ne méritait pas un tel sort

C'est après Highland Park (où il y a encore trop de monde à mon goût) que je décide d'aller voir une première usine abandonnée, devenue l'un des symboles de Motor City, l'usine automobile Packard qui a fermé en 1958, et qui attend désespérément une forme ou une autre de réhabilitation :

Packard Plant

Cette usine est la destination ultime de tous les fans d'exploration urbaine. Fermée depuis près de 60 ans, il faut se jouer des patrouilles de sécurité pour pouvoir la photographier tranquillement. Je n'ose cependant pas visiter l'intérieur et me contente de clichés extérieurs en pleine tempête de neige :

Au milieu de l'usine automobile Packard

Je pensais que mon exploration s'arrêterait là pour ce soir, mais voyant sur Google Maps qu'une autre usine d'intérêt à mes yeux n'était pas très loin, je décide d'y aller. C'est la Fisher Body Plant 21, fermée en 1984, et qui est un régal de facades couvertes de vitres cassées. 

Afin d'éviter toute activité illicite la nuit, un garde veille au grain dans son pickup et les facades sont éclairées par de puissants projecteurs. Parfait pour la photo :

Six étages de vitres cassées pour cette ancienne usine de chassis automobile

Je réalise alors que je ne suis qu'à deux pas du centre ville. Brush Park me fait de l'oeil avec ses magnifiques maisons du 19ème siècle en brique rouge. Sur la photo ci-dessous, la maison du milieu est abandonnée (avec un spot pour décourager les intrus), les deux autres occupées :

Superbes maisons anciennes à Brush Park

Malheureusement, ce quartier est aussi l'un des plus dévastés. Il est en grande partie démoli et ne subsistent que quelques rares blocs de maisons au milieu de la prairie urbaine. Ci-dessous, la maison se trouve juste à gauche de la photo précédente, et le champ au milieu correspond à une ou deux maisons ayant disparu du paysage :

Brush Park

Il se fait tard et je décide de finir mon exploration urbaine avec un dernier arrêt devant le chef d'oeuvre de Detroit, la gare de Michigan Central Station. Lors de son ouverture en 1913, c'était la plus haute gare ferroviaire au monde et jusquà 200 trains par jour la desservaient lors de ses jours de gloire !

C'est malheureusement le développement de l'automobile qui aura raison de la gare, Amtrak arrêtant tout service en 1988. Depuis, le bâtiment est la parfaite illustration de ce qui s'est passé à Detroit : Une ascension rapide et opulente avec l'avénement de l'automobile, avant de nombreux et douloureux revers à chaque crise économique, forcant le ville à perdre 60% de la population, dont 25% entre 2000 et 2010.

La plus belle ruine de Detroit, la superbe Michigan Central Station. Des centaines de milliers de dollars y ont été dépensés pour réinstaller des fenêtres et un éclairage intérieur la nuit.

Lorsque je suis rentré à l'hotel après 4 heures de visite, je me suis précipité sur Google et ait littéralement cherché "what happened to Detroit?". 

J'y ai appris que des émeutes raciales dans les années 70 furent le début de l'exode massif, les blancs n'acceptant pas que de nombreux descendants d'esclaves venus du vieux sud viennent "prendre leurs jobs". L'armée est même intervenue pour rétablir l'ordre après des jours de révolte accompagnés de dizaines de morts.

Ce building a "refroidi" les fans d'exploration urbaine après que deux d'entre eux y aient découvert un SDF mort congelé de froid en 2015

Après les émeutes raciales, le cycle de la descente aux enfers était engagé. Déclin de la population implique déclin des prix de l'immobilier, mais aussi moins d'impôts locaux et donc fermeture d'écoles, commissariats de police, hôpitaux... A chaque crise, l'automobile perd des usines et licencie des milliers de personnes, qui perdent alors leur maison et bien évidemment n'achètent plus de voiture neuve, enfoncant encore Detroit un peu plus...

Vous pouvez trouver des logements à Detroit pour 15 à 20 000 dollars sans aucun problème. C'est moins cher qu'une voiture neuve, mais ces logements ne trouvent pas preneur car l'offre est largement supérieure à la demande. 

La ville attend donc que le propriétaire ne puisse plus payer ses taxes avant de saisir les bâtiments et les démolir lorsque le budget le permet. L'idée étant de reconcentrer Detroit autour du centre ville et d'eliminer ces immenses friches urbaines tout autour.

Le Pontiac Silverdome, un stade de 82 000 places où eurent lieu des matchs de la coupe du monde de foot 1994 et un Superbowl, est aujourd'hui à l'abandon complet

Les images de Detroit qui m'ont le plus marqué sont celles de la vidéo ci-dessous, dignes de l'apocalypse, alors que ce stade a simplement perdu son locataire au mauvais moment, pendant la crise de 2010.

Depuis, la ville de Pontiac a cherché a le vendre pour récupérer un peu d'argent, ce qui s'est fait pour la somme ridicule de 300 000 dollars... Ce stade vaut donc moins cher que beaucoup de maisons en Californie !

Le dôme qui le recouvrait devait être maintenu sous pression comme un ballon de baudruche, ce qui coutait trop cher, donc les propriétaires ont arrêté le système et les cables maintenant le toit en toile ont fini par céder sous le poids de le neige, laissant le Silverdome exposé aux éléments. jugez plutôt :


Là encore, je voulais aller visiter le stade mais n'ai pas eu le courage d'y entrer. Il devrait être démoli bientôt, même si cela fait plus de deux ans que la presse locale en parle sans que rien ne bouge...

Pour conclure sur Detroit, deux films très différents que je conseillerais et qui donnent une bonne idée de ce à quoi ressemble la ville :

  •  8 Mile (2002) -  L'histoire d'Eminem (joué par lui même !), un film qui m'avait agréablement surpris à l'époque. Je suis d'ailleurs aller voir le quartier de mobile-homes où il a grandi sur 8 Mile road, mais il n'y avait pas grand chose à voir...
  • It Follows (2014) - Un film assez étrange, considéré comme un film d'horreur, et qui trouve le cadre parfait dans les rues de Detroit. Certaines scènes ont éte tournées vers et dans les usines que j'ai photographiées !